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Les coulisses du tournage d’Au Nom de la Vérité vues par le comédien Dylan Pédron

Dylan Pédron, un jeune comédien de 21 ans, a tenu le rôle principal, en 2013, dans l’épisode « Une mère très accueillante » de la série de scipted-reality Au nom de la vérité diffusée chaque matin sur TF1.

La scripted reality (« réalité scénarisée » en français) est aussi appelée série télévisée réaliste ou encore série-réalité. C’est un format de télé, venu d’Allemagne, qui se situe entre la fiction et la téléréalité. Les épisodes présentent la reconstitution pseudo-documentaire d’un fait divers adapté aux exigences de la fiction. Les acteurs rejouent des situations présentées comme étant tirées de faits réels qui tournent toujours autour des mêmes thèmes : mensonge, arnaque, trahison, abus de confiance…

D’ailleurs, dans son épisode, Dylan interprète un enfant qui a été échangé à la naissance par jalousie. C’est, à ce jour, le seul rôle principal qu’il ait décroché.

Il revient sur son expérience de tournage, sans langue de bois, et évoque, plus largement, le métier de comédien et ses difficultés.

Dylan Pédron par la photographe Sophie Loustau

Dylan Pédron par la photographe Sophie Loustau

Comment t’es-tu retrouvé à jouer dans un épisode d’Au nom de la Vérité ?

Je faisais de la figuration depuis deux ans déjà quand j’ai postulé pour Au Nom de la Vérité. Suite au casting, j’ai été retenu pour un épisode mais le tournage a été annulé par TF1 deux jours avant. Pendant six mois je n’ai pas eu de nouvelles, mais j’ai appris qu’entre-temps l’équipe chargée du casting avait changé. J’ai contacté cette nouvelle équipe qui m’a sélectionné pour un remplacement car un comédien s’était désisté. C’est comme ça que j’ai eu le rôle principal, au dernier moment. J’ai du apprendre le texte en deux jours mais c’était intéressant.

Au moment où tu as passé le casting, est-ce que tu connaissais déjà la série ?

Oui, elle était déjà diffusée. C’est dans la deuxième saison que je joue.

Tu as postulé pour cette série en sachant ce que c’était. Qu’est-ce que tu penses de cette série de scripted-reality ?

Bon, il ne faut pas se leurrer, pour des comédiens, ce n’est pas le must niveau CV. C’est très mal vu par les directeurs de castings. Pour moi, cet épisode-là, je le dis clairement, ça a été de l’alimentaire. Ça a été très bien rémunéré. Pour l’épisode, j’ai tourné deux jours et j’ai touché 750 euros bruts pour le tournage et, par la suite, j’ai touché 350 euros bruts de droits à l’image. Et, je ne sais pas si je vais encore retoucher quelque-chose : à chaque rediffusion je touche des droits. Au total, pour deux jours de travail, j’ai gagné 1100 euros. C’est du bon alimentaire.

Est-ce que tu apprécies la série ?

C’est joué tellement à la va-vite que ça en devient attristant pour le métier. Je sais que par journée de tournage « normale » on tourne 3 ou 4 minutes du résultat final. Là, on a fait un épisode de 26 minutes en deux jours. Ça veut dire que ce sont des rendements énormes, on joue une à deux prises par plan. On ne répète pas. La série, par contre, je peux la regarder, ça ne me dérange pas. J’étais intolérant au départ, mais en jouant dedans j’ai appris finalement à apprécier ce style.

D’après toi, est-ce qu’il faut forcément apprécier un film ou une série pour jouer dedans ?

Quand on est au début d’une carrière, comme moi, non. Franchement, ça ne sert à rien. Je pense qu’au début il faut avoir plus de tolérance que quand on a un minimum de succès. Ce n’est pas en étant difficile et super rigoureux qu’on décrochera un rôle.

Sur les 20 castings que j’ai passés, j’ai été retenu seulement deux fois. Et un de ces deux tournages prévus a été annulé ensuite. Si je commence à faire de la sélection en me disant « je ne joue pas dans les scripted car ce n’est pas bien joué…» on n’en finit plus, ce n’est pas possible.

Vu l’image dont joui la scripted-reality, est-ce que tu penses que ça peut porter préjudice à la suite de ta carrière ou est-ce que ce sera simplement considéré comme une expérience professionnelle ?

Ce sera considéré, certes, mais pas par le milieu. J’ai eu de très bons retours sur cet épisode. Tous mes amis m’ont dit : « C’était bien. Etonnement tu as bien joué comparé aux autres… ».

Ça m’a fait plaisir. J’ai été touché. Par contre, je ne le mets pas dans mon CV artistique ou vraiment dans de très rares cas, quand je fais du bénévolat par exemple ou quand je postule pour de la scripted-reality.

Sinon je ne le précise pas car je sais que c’est mal vu par les directeurs de casting. Les gens pensent que si on accepte de jouer pour de la scripted, c’est qu’on n’est pas assez doués pour faire autre chose. C’est triste. La scripted c’est préjudiciable, mais il faut avoir l’intelligence de le placer aux bons moments et aux bonnes personnes.

Capture d'écran de l'épisode "Une mère très accueillante" d'Au Nom de la Vérité avec Dylan Pédron

Capture d’écran de l’épisode « Une mère très accueillante » d’Au Nom de la Vérité avec Dylan Pédron

La scripted reality, on le sait, c’est de la télé à bas coût, c’est tourné très vite. Tu l’as d’ailleurs dit précédemment. Est-ce que ça se ressent dans les conditions de tournage par rapport à d’autres séries, comme « Joséphine Ange Gardien » ou « Un village français » dans lesquelles tu as été figurant ?

Oh oui ça se ressent. C’est indéniable. Ça me fait penser aux séries AB du style « Les Vacances de l’Amour » où c’était tourné à l’arrache et à bas coût. On voit que les mecs ils ont été pris car ils étaient en train de prendre un café dans le troquet d’en face. Ce n’est pas méchant, je ne dis pas ça de manière dévalorisante mais finalement c’est un peu ça.

Sur certains tournages amateurs auxquels j’ai participé, il y avait une vingtaine ou une trentaine de techniciens. Sur le tournage d’Au nom de la Vérité, il y avait un perchiste, deux caméramans, le réalisateur et puis deux autres personnes. Ils étaient huit à la technique. Au niveau de l’équipe technique on sent qu’il y a du rabais. Par contre, ils sont rigoureux. On voit qu’ils connaissent très bien leur boulot. Tout le monde n’est pas capable de tourner 13 minutes d’une série dans une journée. La plupart des gens d’ailleurs n’en serait pas capable. Il y a quand même une certaine prouesse technique. Pour avoir fait d’autres tournages, des fois, rien que pour régler la lumière et le son, on nous mettait une heure de pause. Là, en 10 minutes c’était réglé.

Parmi les nombreuses critiques faites à Au nom de la Vérité, et aux autres séries de scripted reality, il y a le fait que c’est mal joué, tu l’as évoqué précédemment. Ce mauvais jeu d’acteurs est-il du au fait que c’est tourné très vite et qu’on n’a pas le temps de faire d’autres prises ou est-ce que, vu les petits budgets, on prend des comédiens de seconde zone ?

Ils ne prennent pas des comédiens de seconde zone, mais c’est sûr qu’ils ne peuvent pas prendre des comédiens connus. Ils prennent des gens qui sont peu ou pas connus. D’ailleurs ma mère dans l’épisode c’était Séverine Robic qui a eu son heure de gloire à un moment sur Internet puisqu’elle avait fait une vidéo où elle se grimait avec du scotch en Michael Jackson.  Ce sont des gens qui peuvent être payés 350 euros à la  journée sans rien dire.

Maintenant, oui, la mauvaise qualité à l’image est due, je pense, au fait qu’on tourne vite, première chose. Et surtout qu’on tourne sans répétition. Les comédiens ne se connaissent pas. Ils ont un rendez-vous une petite semaine avant pour se rencontrer.

Puis, le jour du tournage, on a peut-être une demi-heure pour réviser notre texte. Pas plus. Texte qu’on a reçu une semaine avant alors qu’on a pas mal de pages à apprendre.

Il y a un test sur certaines scènes et après c’est tout de suite l’enregistrement.  Ils la refont une ou deux fois quand le réalisateur a envie. Sur certains épisodes, le réalisateur ne donne aucune indication. Il prend la première prise et il dit « Ah tu penses que c’était à jouer comme ça ? Bon d’accord on le prend ». Mon réalisateur m’a fait reprendre quelques trucs car il imaginait mon personnage différemment. Finalement, c’est peut-être aussi pour ça que je me suis moins tôlé que d’autres.

Mais oui c’est parce que c’est joué vite que c’est mal joué et non par parce que c’est des gens qui n’ont pas de talent. Quoique, ils prennent aussi un peu tout le monde. A l’heure actuelle, j’ai vu qu’ils prenaient beaucoup d’élèves du Cours Florent et du Cours Simon. Ce sont des cours où 80 % des étudiants sont mauvais mais comme ils payent, ils sont pris. Finalement, il y aussi des gens qui jouent mal. Mais ce n’est pas la raison principale qui fait que c’est mal joué. C’est parce que c’est tourné vite.

Les passages les plus critiqués et les moins crédibles sont ceux où l’acteur est seul face à la caméra et commente la situation. D’après toi, pourquoi ?

J’en ai parlé avec eux parce que je ne comprenais pas pourquoi il y avait ces passages. On m’a répondu : « C’est le concept ». C’est un concept allemand au départ. Ils veulent faire passer la scripted-reality pour un docu-fiction. C’est pour cette raison qu’ils disent que c’est inspiré de faits réels. Et qui dit documentaire, dit interview, et qui dit interview, dit parler face caméra. Le problème c’est qu’eux ils le placent toujours à la fin des scènes un peu n’importe comment. Je trouve que c’est dommage mais c’est leur marque de fabrique. Je reconnais que c’est ce qu’il y a de moins crédible et c’est ce qu’il y a de plus dur à jouer. Pour moi, ça l’a été.

On a l’impression que ces passages-là ils sont sur-joués à chaque fois…

Parce que c’est super dur à jouer. Tu arrives, tu as la caméra en face de toi, avec l’équipe technique et tu dois parler comme si tu parlais à quelqu’un. C’est très, très difficile, surtout que, comme c’est dans un mode documentaire, tu dois finalement sortir un peu de ton personnage et être l’acteur qui raconte ce qui vient de se passer. Tu n’es plus vraiment dans ton personnage parce que un personnage dans la vraie vie il n’irait pas dire « Oh la la, je ne comprends pas ce qui s’est passé. Non mais franchement il a trop mal réagi ». C’est vraiment l’esprit de la de la docu-fiction.

Est-ce vraiment inspiré de faits réels ?

Oui, il y a quand même une base de faits réels. D’après ce que j’ai compris, il y a souvent des gens qui envoient des idées. Après, de là à dire que tous les épisodes sont tirés de faits réels… Des échanges de bébés, comme sur mon épisode, il y en a eu. Après c’est sûr qu’ils grossissent énormément les faits. Il faut se dire qu’il y a toujours une part d’écriture et une part de réel, point.

Dylan Pédron dans "Au Nom de la Vérité"

Dylan Pédron dans « Au Nom de la Vérité »

Ils ont montré un extrait de ton épisode dans Touche pas à mon poste….

Exact, ils se sont foutus de moi et de mon collègue. En fait, ils ne se sont pas foutus de nous, mais plutôt de la scène qu’on jouait.

Les moqueries de l’émission tu les as plutôt bien prises ou est-ce que ça a été blessant ?

C’est une très, très bonne question. Sur le coup, j’ai été prévenu par des amis qui m’ont dit que dans Touche pas à mon poste ils disaient que j’avais mal joué.

Il y a eu un petit moment où ça m’a blessé quand j’ai vu la vidéo. Parce que je l’ai vu comme un acteur voit son jeu dénigré. Pourtant, je l’assumais ce rôle.

Mais après j’ai revu la vidéo, j’ai compris que Cyril Hanouna ne se moquait pas de moi et de l’autre comédien mais de la scénarisation et du scénario. Donc ça ne m’a pas plus blessé que ça.

J’ai d’ailleurs envoyé un tweet pour tailler Hanouna en disant : « Vu ton rôle dans La Vérité si je mens tu ne peux pas dire grand-chose… ».

Passer dans Touche pas à mon poste est-ce positif ?

C’est de l’exposition. C’est aussi leur marque de fabrique à eux. La scripted reality ils en parlent tous les deux jours. Ils ont trouvé le truc qui leur fait gagner deux minutes sur leur émission, que ça tombe sur moi ou que ça tombe sur un autre, franchement ça ne me dérange pas.

Il peut parler de moi quand il veut Hanouna. Selon la plage horaire, je dois toucher entre 30 et 150 euros de droits à l’image par diffusion.

Dans les films pour le cinéma et les séries plus connues comme Joséphine ange gardien ou Un village français, tu n’as eu que des rôles de figurant. Est-ce que c’est toi qui n’as postulé que pour des rôles de figurant ou alors est-ce que tu n’as réussi à décrocher de plus grands rôles ?

La plupart du temps je postule pour de la figuration. Maintenant je ne le fais plus car c’est compliqué avec mes études. J’ai redoublé une année scolaire car je faisais trop  de figuration. Pour avoir un ordre d’idées, sur 20 mails envoyés, je n’ai eu qu’une réponse de casting et sur 20 castings passés, je n’ai eu que deux réponses positives. Ça veut dire que pour avoir un rôle je vais devoir m’accrocher. J’ai du envoyer plus d’une centaine de mails en trois ans et je n’ai eu qu’Au nom de la Vérité.

Tu es actuellement étudiant en licence d’informatique. Tu souhaites devenir comédien professionnel et en vivre ou garder la comédie comme loisir, pour de la figuration, et te destiner à un autre métier ?

Ça c’est la grande question. Mes études ça reste un point important pour moi. Maintenant, si je peux devenir comédien, je miserai tout là-dessus. Mais comme c’est un métier pistonné et je n’ai pas de piston… D’ailleurs ça ne m’intéresse pas d’être pistonné, par ce que finalement je préfère que ce soit au talent que je sois reconnu plutôt qu’au piston. Ça fait 3 ans que je galère pour n’avoir rien, pas un rôle. Je me destine à travailler dans l’informatique, un secteur professionnel plus sécurisant. Mais je me donne encore trois ans pour percer dans le cinéma, j’espère jusqu’au bout car c’est une passion dévorante. C’est un peu idyllique. Après, ça deviendra difficile pour moi de continuer…

 

L’épisode « Une mère très accueillante » d’Au Nom de la Vérité dans lequel joue Dylan :

 

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Un commentaire sur “Les coulisses du tournage d’Au Nom de la Vérité vues par le comédien Dylan Pédron

  1. Thomas Grascoeur
    19 février 2014

    Bonjour, bravo pour cet article très complet qui montre bien les côtés plus ou mieux heureux de la scripted ; je vous invite à découvrir une parodie de ces émissions, vues du côté des comédiens :

    Bonne soirée !

    J'aime

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Cette entrée a été publiée le 16 février 2014 par dans Médias / TV, et est taguée , , , , , , .
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