Le Blog de Laura

A lire, à entendre, à voir et à déguster

Jay-Jay Johanson en interview

Le chanteur suédois Jay-Jay Johanson était de passage à Paris pour participer au Mama Festival. Nous en avons profité pour essayer d’en savoir plus sur ses influences, ses projets et son opinion sur Paris.

Portrait Jay Jay Johanson

Composes-tu tes chansons dans le but de les jouer en live ?

Jay-Jay Johanson : Pas quand je les écris, mais quand on travaille dessus en studio de temps en temps, oui, mais cela n’arrive pas très souvent. Quand j’écris les paroles et la mélodie, je ne sais même pas, à ce moment-là, si le tempo va être rapide ou lent. En général, je le trouve plus tard, quand je travaille les chansons au piano. En studio, certaines chansons sont améliorées pour la scène.

Toujours pas d’album live en préparation ?

Jay-Jay Johanson : J’ai beaucoup de concerts en vidéo à la maison, depuis 1997, plusieurs des années 2000. Je dois avoir au moins 50 concerts enregistrés, peut-être qu’un jour on les mettra sur Bandcamp pour que les gens puissent les acheter pour deux euros. Les DVD live pour moi ont un sens quand les chansons sonnent mieux en concert qu’en studio, ce qui n’est pas le cas des miennes. Je les joue pour être généreux mais je ne pense pas que ce serait sensé de faire un album live même si ce n’est pas impossible. Il y a quelques années, nous avons joué à Caen avec un orchestre, et on s’est demandé si on devait en faire un DVD, mais finalement on l’a juste enregistré mais sans le commercialiser. 

Jay Jay Johanson au Mama Festival

As-tu déjà hâte de réaliser ton prochain album ?

Jay-Jay Johanson : Oh oui ! J’ai déjà le titre, je sais déjà comment il va commencer, j’ai déjà les premières séquences enregistrées, j’ai encore beaucoup de chansons à ajouter, mais c’est un projet en cours. Opium est sorti en juin 2015 mais il était déjà terminé en octobre de l’année précédente et ensuite on a commencé à travailler sur les clips, la promotion, la pochette et je pense que la dernière chanson que nous avons réalisée était I don’t know much about loving qui a été enregistrée au début de l’année 2015, elle n’était pas sur la première version démo de l’album. Je n’arrête jamais vraiment d’écrire, en avril/mai je commençais déjà à avoir de nouveaux sons. Après Moonshine et NDE on travaille sur un troisième EP possible, c’est amusant de faire de nouvelles chansons bonus, et des remixes, comme celui avec Lana del Rey, que j’adore. Je ne suis pas totalement convaincu par son nouvel album Honyeemoon, mais j’adore Ultraviolence, j’ai trouvé que c’était un des meilleurs albums sortis cette année-là. 

Jay Jay Johanson en concert à Paris

En janvier je retourne en studio avec Robin Guthrie des Cocteau Twins, nous avons travaillé ensemble sur une des chansons d’Opium, Scarecrow. Nous avons aussi collaboré sur She’s mine but I’m not hers en 1997 et sur deux chansons de mon troisième album Poison, Escape et Far Away. Je suis un grand fan des Cocteau Twins depuis l’enfance donc c’est un privilège pour moi d’être dans la même pièce que cet homme. Nous allons continuer à travailler sur nos albums en janvier et si tout se passe bien, un album enregistré par nous deux devrait sortir en automne 2016, ce qui me donnera le temps de finaliser mon prochain opus prévu pour 2017. Le vinyle de Whisky qui va sortir bientôt ne va pas me ralentir dans l’écriture du nouvel album, c’est juste un bonus que nous allons probablement vendre pendant la tournée, ou sur Facebook, ça a bien marché pour le livre ! Le vinyle devrait sortir autour du mois de mai. Je ne sais même pas si la Fnac voudra le vendre en magasin, mais si c’est le cas, tant mieux ! Je devrais probablement me montrer plus professionnel et mettre une boutique en ligne, mais j’ai vendu Autopsy II sur Facebook pour m’amuser ! Je suis le seul à répondre aux fans et je gère la page tout seul. J’essaie en général de répondre aux commentaires, surtout quand je poste une question, auquel cas je sais qu’il me faudra plusieurs heures pour répondre à tout le monde. Par exemple quand j’ai demandé aux fans quel était leur album favori, je me suis amusé autant que les gens qui suivent la page, ils se sont mis à parler entre eux, c’était super mignon. Il y a quelques années, j’ai décidé de poster toutes mes chansons par ordre alphabétique et certains fans m’ont même fait remarqué que j’en avais oublié, c’était très drôle ! 

Jay Jay Johanson sur scène

J’ai regardé l’interview que tu as accordé à FIP, où tu disais que l’audience qui vient te voir aujourd’hui comporte des fans plus jeunes. À ton avis, d’où vient ce phénomène ?

Jay-Jay Johanson : Je pense que c’est ce qui se produit quand un artiste fait de la musique sur une longue période, comme cela peut-être le cas pour Neil Young ou David Bowie. J’ai découvert Neil Young en 1991 et il avait commencé à écrire dans les années 60. Dans le public on voyait tous les fans hippies qui le suivaient depuis le début mais aussi des personnes plus jeunes qui l’avaient découvert grâce à la scène grunge. On lisait des interviews de Nirvana et Pearl Jam qui mentionnaient Neil Young et on a voulu aller voir ce que ça donnait en concert. C’est le même cas pour David Bowie, beaucoup de personnes l’ont découvert pendant les années 80, mais au fond de la salle on voyait les gens qui le suivaient depuis ses débuts. Il y a des périodes où un public plus jeune, curieux de découvrir de nouvelles choses, viendra te voir en concert plus tard que les autres. Cela rend le mélange des fans présents beaucoup plus intéressant pour moi depuis ces deux dernières années. Je le constate partout dans le monde. Les jeunes filles sont réapparues au premier rang, c’est très amusant ! Je l’ai remarqué lors de mon concert au Point Éphémère pour le Record Store Day. Tout ça garde le projet vivant, nous donne le sentiment que l’on est toujours au début de quelque chose, car il y a quelques années j’ai remarqué que nous jouions toujours pour les mêmes personnes, que l’on redescendait doucement la pente, ce qui est compréhensible. Je ne sais pas ce qui s’est passé après. C’est fantastique. À un certain âge on aime écouter tout ce qui est strictement nouveau, mais après on veut savoir d’où ces groupes prennent leurs influences, pour en comprendre plus, et c’est comme ça que l’on découvre de nouvelles choses.

Jay Jay Johanson à la Cigale le 15 octobre 2015

T’es-tu inspiré de nouveaux groupes ou d’anciens groupes pour la réalisation d’Opium ?

Jay-Jay Johanson : Pas pour les voix et la mélodie. Je ne l’ai jamais dit à personne, mais je dois admettre que le choix de certains mots dans ma chanson Moonshine est complètement inspiré de la façon dont Lana del Rey écrit. Elle parle de façon franche, directe et déprimante. J’aime la façon dont elle parle naïvement de sujets vraiment hardcores dont il est normalement compliqué de parler. J’aime aussi la façon dont West Coast commence, avec ce roulement de tambour ! J’ai décidé de faire pareil pour Moonshine. Je me suis aussi un peu inspiré de Jamie XX mais ça se voit plus dans les remixes que j’ai fait après. On peut aussi y retrouver des influences de FKA Twigs dans le rythme monotone de certaines percussions, donc il y a de nouvelles influences. Dans tous mes albums on retrouve les influences de soundtracks des années 60 et 70, par exemple ce qu’on pouvait entendre de Kraftwerk, avant même qu’ils ne s’appellent Kraftwerk, ou Khan. Ennio Morricone est une de mes influences constantes et il y a encore tellement de ses bandes originales à découvrir. Je laisse également toujours mes musiciens expérimenter et improviser. J’essaie de ne pas apporter trop de mes influences dans leurs enregistrements. 

Jay Jay Johanson en concert à la Cigale

Comment t’es venue l’idée d’inclure ton fils dans la vidéo de NDE ?

Jay-Jay Johanson : NDE est une chanson que j’ai écrit à la maison au piano. Normalement je joue comme je l’entends et ensuite il retravaille sur ce que j’ai composé. Je voulais que cette chanson reste linéaire, simple et minimaliste. J’ai décidé de garder la partie au piano que j’avais enregistrée à la maison. La chanson préférée de mon fils est We Will Rock You de Queen. Il en faisait les percussions sur la table de la cuisine et je lui ai demandé de recommencer de façon moins monotone. J’ai ensuite enregistré le son que cela donnait, je lui ai demandé de le faire sur la porte, la fenêtre… Nous avons donc enregistré ce son-là dans la cuisine, et j’ai rajouté le reste. Le morceau a ensuite été enregistré en studio, mon batteur a joué la ligne de basse et nous avons rajouté les morceaux de synthé là-bas. Le label a décidé d’en faire un single au début de l’été. On l’a enregistré sur une longue période, et ma femme nous a filmé avec un I-phone car personne d’autre ne pouvait être aussi proche de nous sur tout un été. Je n’avais pas de festivals de prévus, pour une bonne raison, et elle ne travaillait pas à ce moment-là, donc elle a tout filmé. Je voulais toujours que ce soit moi qui joue la partie au piano et lui les percussions. Il est jeune mais il est déjà précoce ! Il y a quelques temps, j’ai posté une photo de lui sur Instagram, et alors que je lisais les commentaires, il a regardé par-dessus mon épaule et m’a demandé pourquoi j’avais fait ça et pourquoi je ne lui avais pas demandé son avis avant. Je me suis excusé de l’avoir fait (plusieurs fois) et je lui ai promis de toujours lui demander avant. Quand on a commencé à travailler sur la vidéo, je lui ai donc demandé sa permission, en lui disant que les gens allaient le voir. Il a accepté. J’étais vraiment content. Quand je regarde la vidéo, si je la regarde, je ne me vois même pas, je ne regarde que lui. À un moment, il ne peut pas s’empêcher de regarder sa mère et commence à rire mais il s’en s’empêche ensuite. Je l’ai eu au téléphone aujourd’hui, il m’a dit qu’il voulait couper ses cheveux, je ne préférerais pas mais je veux lui laisser prendre ses propres décisions, donc je lui ai dit « ok » mais à l’intérieur je me disais « Nooon ! ». 

Jay Jay Johanson au Mama event

C’est le plus grand garçon de sa classe, il est tellement grand pour son âge, on dirait qu’il a 11 ans mais il n’en a que 8 ! La prise à la fin de la vidéo où il sourit était nécessaire à mon sens, nous étions tous les deux soulagés et cela rassure le spectateur sur le fait qu’il a participé au clip de son plein gré ! Je me suis inspiré du travail d’Andy Warhol pour cette vidéo, je suis un immense fan. J’ai vu tous ses films, tous ses travaux, et il y a cette vidéo où il entre, s’assoit en face d’une caméra avec un sac en papier, il en sort un hamburger, du Coca, des frites, un petit pot pour le ketchup, du ketchup, et il commence à manger son hamburger pendant 5 minutes. Il termine son Coca, remet tout dans le sac et sort. Cette scène est tellement fantastique que nous avons décidé de faire quelque chose de similaire, de garder la même mise en scène, le même angle pour la caméra, des tables droites… Au niveau de la mise en place, les deux se ressemblent, mais nous avons décidé de briser cette monotonie grâce à la vie quotidienne d’un fils et de son père mais on se demandait si ce serait cool de seulement garder les percussions de mains et le piano et de ne faire qu’une prise comme ça, mais finalement on a pensé que ce serait plus amusant d’y ajouter des scènes extérieures en noir et blanc pour contraster avec les scènes en couleur.

Le chanteur suédois Jay Jay Johanson

Est-ce qu’il y a un livre nommé  « Autopsy I » ?

Jay-Jay Johanson : Oui, mais il est plus fin car je n’avais pas autant de chansons qu’aujourd’hui, et nous ne l’avions écoulé qu’à 100 exemplaires. Ils sont partis très vite. Le design est différent, la qualité est différente et il y a moitié moins de paroles dedans. J’avais amené mes 16 dernières copies avec moi à Mexico, alors que je jouais dans un énorme bar, et j’ai demandé au barman, qui possédait l’endroit, si je pouvais vendre les copies qu’il me restait après le concert. Il m’a répondu « Vous savez quoi ? Je vais les prendre. » Il a acheté toutes mes copies pour les vendre lui-même !

Jay Jay Johanson en concert à Paris

Est-ce qu’un concert parisien t’a marqué plus que les autres ?

Jay-Jay Johanson : Il y en a tellement ! Il y en a eu un, important, un des derniers concerts de la tournée « Poison », où nous avions joué à l’Élysée Montmartre. À ce moment là, nous faisions partie d’une sorte de « période hype », et nous nous sommes dit que ceci serait le plus haut niveau de notoriété que nous ne pourrions jamais atteindre. Ce concert était génial, beaucoup de gens super sont venus nous voir en backstage après, à cette époque il y avait beaucoup de monde à Paris. Mon deuxième concert au Bataclan m’a aussi particulièrement marqué, en 2007. C’était fantastique. La salle était pleine, le public réceptif et nous n’étions pas venus en France depuis longtemps donc ça me faisait plaisir de revenir. J’ai également adoré le concert que nous avons donné en avril dernier lors du Record Store Day au Point Éphémère. C’était tout petit et gratuit, vraiment charmant et différent ! Bien sûr, le premier concert que nous avons joué ici, à l’Européen, sera toujours important. Je crois que c’était en 1997. Françoise Hardy, Jane Birkin et Etienne Daho sont venus me voir après. J’ai adoré Françoise ! Nous avons joué deux ou trois fois à la Cigale, trois fois au Bataclan, trois fois à l’Olympia et à l’Élysée Montmartre… Nous sommes allés partout, à part au Zénith qui est trop grand. J’ai vu des concerts là-bas mais ça ne m’a pas plu. Je préfère faire trois concerts de suite dans une salle plus petite qu’une seule date dans une salle aussi grande.

Propos recueillis et photos prises par Lauren Debache.

Publicités

Un commentaire sur “Jay-Jay Johanson en interview

  1. Pingback: Jay Jay Johanson séduit la Gaîté Lyrique | Le Blog de Laura

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 23 octobre 2015 par dans Culture, et est taguée , , .
%d blogueurs aiment cette page :